2 juillet 2016

BIND | Body image


Je trouve qu'il y a une grande différence entre accepter son corps et l'aimer, ne faire qu'un avec. La notion d'acceptation est pour moi associée à une certaine obligation, comme si notre corps existait de façon totalement hétérogène avec nous et notre sens de l'esthétique, comme si l'obligation de vivre avec est la seule chose qui nous permettrait de le trouver beau. 
Pendant longtemps la seule chose qui me permettait alors d'accepter mon corps était de faire abstraction de mes défauts. Séparer les bons éléments des mauvais dans un combat où les bons étaient toujours censés dominer était la définition de ce qu'était l'acceptation. L’appréciation de mon corps, indépendamment de la notion de beauté, reposait sur une équation dont le résultat changeait tous les jours, en fonction de l'apparence de mes défauts le jour donné. 
Au fur et à mesure des années, ma vision de mon corps a changé, de même que mon rapport aux corps en général. Certains divertissements ont, de manière tout à fait involontaire, altéré mon point de vue non seulement en tant qu'adolescente puis jeune adulte, mais aussi en tant que femme, pour qui les standards de beauté jouent un rôle essentiel dans la formation de soi. 

1. Shot by Kern
J'ai commencé à regarder Shot by Kern peu après sa sortie en 2011. Cette série, produite par Vice, suit le voyage du photographe Richard Kern, pendant lequel il shoot les plus belles filles d'Europe. Les épisodes, qui durent un peu moins de 25mn, rassemblent séquences de castings, behind-the-scenes, et surtout interviews avec Kern et ses modèles. Au delà d'incarner ce que le photographe qualifie de "porno chic", transmis dans ses photos et vidéos frugales par une sorte d'érotisme très stylisé, il met en scène toutes sortes de corps féminins. Ce qui m'a frappée, c'est l'abolition totale de la notion de standards de beauté. On voit défiler des dizaines de femmes, dont l'apparence est glorifiée sans pour autant qu'elles correspondent méticuleusement aux critères d'esthétique standard. Elles ont des poils, des cheveux mal décolorés, des rondeurs, de la cellulite, des vergetures, des poitrines de différentes tailles et formes, des cernes, des cheveux ébouriffés. Entre les prises, on nous montre des interviews avec le photographe et ses modèles, qui expliquent leur rapport à leur corps et au corps des autres. Elles sont belles par leur propre regard sur leur corps, et, d'une façon totalement secondaire, par rapport au point de vue non pas d'un homme, mais d'un photographe, qui déifie leur façon d'apparaître sur sa pellicule. 
Au delà d'avoir une esthétique presque perverse dans ses clichés, le rapport à la nudité de Kern et de ses modèles ne peut être plus organique. Elle est totalement banalisée d'une façon qui a transformé mon rapport à la pudeur. Selon moi, Shot by Kern représente des femmes dont le corps n'est vu que comme une entité artistique (et non un objet), donc les critères n'ont aucune influence sur leur beauté, sexualisés selon leur envie, mais surtout normalisés


2. What's Underneath 
Crée suite à un succès fulgurant sur la plateforme de fundraising Kickstarter, la série What's Underneath a fait ses débuts en 2014 sur YouTube. Dans des épisodes d'une dizaine de minutes, des personnes viennent répondre à une série de questions sur leur vie perchés sur un tabouret, en enlevant un vêtement au fur et à mesure de la conversation, jusqu'à finir en sous-vêtements à la fin du tournage. Au delà de montrer une grande diversité de personnes qui sont à l'aise avec leur apparence, la série crée des dialogues profondément enrichissants sur leur vie et leur rapport à la beauté. La bienveillance des créatrices du format et la vulnérabilité des participants créent une atmosphère intime où les personnes peuvent se mettre à nu, au sens propre comme figuré
Le format met en lumière certains critères physiques qui sont peu mis en valeur par les médias: les amputations, l'albinisme, les dents du bonheur etc., et abordent certains sujets difficiles, comme le racisme, le sexisme, les drogues, les handicaps ou encore le genre. En donnant la parole à toutes sortes de personnes, quel que soit le milieu dont ils soient issus et qu'ils soient anonymes ou non, What's Underneath offre une visibilité sans précédent à des caractéristiques qui sont peu représentées et qui sont cependant présentes chez beaucoup d'individus qui peuvent alors s'identifier aux participants. 
Au delà d'avoir été grandement inspirée par ces conversations, elles m'ont aussi permis d'avoir un nouveau regard sur des problèmes dont notre privilège de ne pas être affectés par ces derniers nous permet d'être ignorants à leur sujet. On peut alors non seulement y trouver des personnes auxquelles on peut s'identifier directement, mais aussi des individus différents auxquels on apprend à s'identifier. 


3. Orange Is The New Black
Il ne reste probablement plus personne sur cette Terre qui ne regarde pas la série Netflix Orange Is The New Black. A travers les yeux de la protagoniste Piper Chapman, on observe l'évolution d'une femme blanche, privilégiée et partiale dans une prison où elle est confrontée à de diverses communautés dont elle ne sait, à priori, rien. Le ton léger des épisodes contrebalance avec la réalité anxiogène qui est dénoncée au fil des épisodes. Au delà d'être quelque peu caricaturale dans l'enceinte de l'établissement pénitentiaire, la série montre des flashbacks touchants de chaque personnage, dans lesquels elle décrit leur enfance, leurs origines, et leur culture. Je l'ai trouvé frappante par sa diversité. Pour la 1e fois dans une série à succès, on retrouve des femmes de toutes origines, de toutes ethnicités, de toutes couleurs de peau, morphologies, âges, qui s'assument et son fières de ce qu'elles sont et de ce qu'elles représentent. 
La série est importante par son attachement à la représentation: des minorités peu mises en avant sont ici justement représentées. On montre des beautés atypiques et non conventionnelles, on met en avant la confiance en soi et la liberté en donnant une voix et une histoire aux individus marginalisés. Par le regard de Chapman, on redécouvre des problèmes d'identité et d'acceptation de soi propres à chaque communauté, qui ont appris à vivre avec les enjeux de leur identité et de celle des autres au sein d'un espace confiné où elles se doivent de coexister. La body positivity, la tolérance et l'entraide féminine est prônée dans une série représentant un des milieux les moins propices à une telle atmosphère. On y célèbre l'individualité à travers des personnages auxquels chacun peut s'identifier.
(Pour lire un peu plus sur le body positivity dans Orange is the New Black : cliquez ici)



Cet article inaugure la série Bind, qui sera partagée entre ce blog et ma chaîne YouTube. A travers du contenu qui m'est beaucoup plus personnel, je voudrais contrebalancer avec le reste de PAU&ZIE pour évoquer des sujets qui sont peu abordés et qui sont néanmoins des enjeux majeurs de la construction personnelle. En me laissant un commentaire, n'hésitez pas à me donner votre avis sur ce genre de contenu, et à partager d'autres divertissements qui vous ont inspirés. 

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